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publie 14 janvier 2012

Jean-Pierre Raynaud

Horticulteur ? Carreleur ? Jean-Pierre Raynaud, au travers d’une oeuvre très personnelle est en fait l’un des très grands artistes contemporains.

Son pot doré a été exposé sur la place rouge à Pékin, au Kremlin en Russie. Il repose aujourd’hui, un peu tristement, au dernier étage de Beaubourg. Jean-Pierre Raynaud est l’un des artistes français contemporain les plus illustres.

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On pourrait presque dire que sa vie est une œuvre. En voici l’histoire.

Le début de son œuvre

Il y a plusieurs dixaines d’années, Jean-Pierre Raynaud était horticulteur [1]. Un jour, il eut cette révélation qui a fondé toute sa carrière : "A l’école d’horticulture, on m’avait appris à soigner les fleurs ; mais pas à les empêcher de mourir. Je décidais d’éviter de nouvelles victimes en remplissant les pots avec du ciment". Cette crainte de la mort suivra Jean-Pierrre Raynaud dans toute son œuvre.

La maison

En 1969, il commence à construire sa propre maison, entièrement recouverte de carreaux blancs de 15 cm par 15 cm, à La Celle Saint-Cloud. Ce sera sa principale œuvre d’art, l’objet de 24 ans de recherche sur l’espace.

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Le carreau, toujours de même dimension, est sa signature, comme les bandes rayées le sont pour Daniel Buren. Le carreau est un objet banal et un signe abstrait, cent fois multiplié.

Puis, quand la maison fut terminée, Jean-Pierre Raynaud ressentit un coup de "blues". Il réfléchit longtemps à comment poursuivre son œuvre. Trois ans plus tard il eut une idée. Il allait "déconstruire [2]" cette maison, et rassembler les débris dans des containers chirurgicaux (des pots), lesquels, exposés, formeraient une œuvre nouvelle.

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Exposition au CACB

Container zéro

Le carreau blanc de céramique, de 15 cm par 15 cm, fut utilisé aussi pour une autre de ses œuvres majeure : le container zéro. Il accueille les visiteurs du Musée National d’Art Moderne, à Beaubourg. Ce cube de 3,30 mètres est lui aussi recouvert de carrelage.

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Photo prise le jeudi 14 juin 2007

Les deux portes frontales du container sont ouvertes et laissent voir, comme dans une vitrine, divers objets que Raynaud change régulièrement. Les objets apportent du sens et de l’émotion dans cet univers volontairement très neutre. Jean-Pierre Raynaud y dispose ce qu’il aime. Ainsi on a pu voir une échographie de son fils, un tapis d’éveil pour tout-petit, une béquille, une photo de Pierre Restany (2003), critique d’art disparu qui a soutenu les premières recherches de l’artiste, des pots de peinture modulables, un bouquet de fleurs, etc ... .

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Pâques 2008
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Juin 2009
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Août 2013

Le pot doré

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Il a trôné longtemps sur un piédestal, accueillant les visiteurs sur le parvis de Beaubourg. Aujourd’hui il est un peu exilé, au dernier étage de ce même musée, près du restaurant. Il a pourtant beaucoup voyagé ce pot doré : L’œuvre a d’abord été placée sous une serre protectrice dans le parc de sculpture de la fondation Cartier, à Jouy-en-Josas, puis en 1996 elle a été exposée à Berlin, suspendue à l’extrémité d’une grue au-dessus du chantier de la Potsdamer Platz. La même année elle a été exposée trois semaines à Pékin au cœur de la Cité interdite.

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le pot doré, vu de dessus

La sculpture mesure 3,5 mètres de hauteur pour un diamètre compris entre 2,10 mètres à sa base, et 3,92 mètres à son sommet. Elle est faite de polyester stratifié et d’acier traité, recouvert de feuilles d’or ; cette dorure a été réalisée par les ateliers Gohard. Lorsque le centre Pompidou a accueilli l’œuvre dans ses collections, il réalisa pour elle un socle afin de l’y poser. Celui-ci est constitué d’une ossature métallique recouverte de 84 plaques de marbre blanc de Thasos, et mesure 10,40 mètres de hauteur pour une base rectangulaire de 4,19 par 4 mètres.

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notes

[1] horticulteur masculin Celui qui s’occupe de perfectionner la culture des jardins. Dès le lendemain matin nous nous présentons chez l’horticulteur Lemoine, qui […] se fait un plaisir de nous faire visiter ses serres, ses jardins. Que de merveilles ! grands dieux ! — (Gustave Fraipont ; Les Vosges, 1895) Mais je n’aime pas les fleurs bêtes, car si blasphématoire que cela paraisse, il y a des fleurs bêtes, ou plutôt des fleurs, des pauvres fleurs à qui les horticulteurs ont communiqué leur bêtise contagieuse. — (Octave Mirbeau, Le Concombre fugitif, édition 1921)

[2] démolir